Cliquez ici pour accéder à la version mobile

Trop vite... Ils ont eu un accident, ils racontent

Nicolas Olivier

La voiture part en tonneaux. Une éternité qui dure quelques instants.

Un après midi, fin avril 2014.
J'ai toujours eu peur en voiture, conducteur ou passager. Encore plus sur les routes de montagnes.
Mon ami venait d'acheter la sienne, on partait en vacances en Espagne. Il roulait un peu vite mais sachant que je suis pénible en tant que passager, je n'ai rien dit. On a passé le col sans encombre malgré les travaux de réfection. Cinq minutes plus tard, il double en descente.
Je vois une portion de route en mauvais état. Avec un creux important et une bosse tout de suite après. Je serre les dents et ne dis toujours rien.
La voiture saute. Rebondit à l'atterrissage. Dérape. Il braque à gauche. J'anticipe par réflexe. "C'est bon, on se met au tas" me dis-je en pensée. On frappe le talus de plein fouet. La voiture part en tonneaux. Une éternité qui dure quelques instants.
On finit en glissade sur une centaine de mètres et on s'arrête enfin, sur les quatre roues.

Dialogue :
lui : "ça va ?"
moi : "je suis en état de choc. Peut-être trauma crânien léger. Et toi ?"
lui : "quelques entailles sur les doigts. Mais ça va."
moi : "bon, on reste tranquille deux minutes, le temps de faire redescendre la pression."
lui : "ça a dû être spectaculaire à voir."
moi : "si t'avais pas braqué à gauche, on serait au fond du précipice, là."
C'est seulement en sortant de l'hôpital, trois heures et un long débriefing plus tard qu'il a commencé à réaliser. On n'a impliqué personne dans notre accident alors qu'il y avait de la circulation. On a évité une chute de plusieurs centaines de mètres. On s'en sort seulement avec quelques blessures mineures.
Je ne sais pas laquelle de ces deux phrases m'a le plus mis en colère :
"ça a dû être spectaculaire à voir"
"a aucun moment je ne me suis senti en danger" (en sortant de l'hôpital).
La colère a passé. Il a compris.
La peur quant à elle...

Ministère de l'intérieur